Donatien Alphonse François, Marquis DE SADE (1740-1814), écrivain et libertin

Manuscrit autographe signé, 6 Fructidor an 13 (24 août 1805)

4 pages in-4, papier vert

Intéressant manuscrit adressé depuis l’Asile de Charenton à son notaire Charles Gaufridy dans lequel Sade, âgé de 65 ans, arrange fermement sa succession, la séparation de biens d’avec sa femme dont il est séparé depuis 1790, et met sa maîtresse depuis 15 ans, Madame Quesnet, à l’abri du besoin.

Le manuscrit porte pour titre « Dernières propositions faites à ma famille d’après l’acceptation desquelles je promets de signer sur le champ la transaction dont on menvoye le plan »

Il accepte la plupart des propositions qui lui ont été faites : « On m’accorde pour la cession totale de mon bien cinquante mille francs, je les accepte. On accorde à Md Quesnet ving-mille francs au lieu des trente-cinq mille qui lui sont dus, elle les accepte. »

Sade fait référence à ses enfants en soulignant leur ingratitude: « je demande que cette somme porte intérêt à cinq pour cent du jour où l’acte se signera, en cela seul consiste la difficulté, ou doit-elle l’être par des enfants qui connaissent l’origine sacrée de cette dette ? »

Détail étonnant, Sade évoque ses « créanciers chirographiques », c’est-à-dire auprès des voyantes qui lisent les lignes de la main.

Il compte également sur ses revenus de ferme pour payer son asile à Charenton : «Monsieur de Coulmiers et le peu de dettes que j’ai ici seront payés de suite sur les  revenus actuellement dus par les fermiers, en sorte que je serai totalement quitte de ce qui est du à Charenton à l’époque de la signature » (Monsieur de Coulmiers était le Directeur de l’Asile de Charenton, dans lequel Sade était interné depuis 1803 sous le prétexte de « état perpétuel de démence libertine ». Coulmiers et Sade entretinrent des rapports très cordiaux, le premier confiant même au second l’organisation de représentation théâtrales régulières au sein de l’asile).

Sade poursuit avec les dispositions relatives à sa propriété de Saumane : « je me réserve la château de Saumane et ses dépendances, m’engageant à ne jamais le vendre mais désirant que Md Quesnet puisse y finir ses jours si elle le veut » (Le Château de Saumane fut l’un des lieux où vécut le tout jeune marquis de Sade, qui appartenait à son oncle et qui resta dans la famille de Sade jusqu’en 1868).

Sade se montre également étonnamment altruiste : « je me réserve de disposer à ma mort de 800 f de rente en faveur de l’individu quelconque qui soignera mes derniers instans, et seulement pendant la vie de cet individu ».

Il s’enquiert également du fils de sa maîtresse, en précisant que les biens donnés à Madame Quesnet seront réversibles à son fils.

Il insiste sur le fait que cet acte vaudra libération vis-à-vis de sa famille : « qu’il soit déclaré dans l’acte que l’on me regarde comme liquidé envers Md de Sade et ses enfans et ces clauses ainsi que l’acte seront signés par la mère et des trois enfans » (Le Marquis de Sade avait en effet eu trois enfants avec sa femme : deux garçons, Louis-Marie né en 1767, Donatien-Claude-Armand en 1769 et une fille, Madeleine-Laure en 1771).

Il termine par quelques propositions supplémentaires et insiste enfin sur le fait que « cet ultimatum est beaucoup plus modéré que celui de l’an passé ».

Très belle et grande signature « Sade ».

PRIX : 3000 EUR