Louis-René de Rohan (1734-1803), Cardinal et Ambassadeur

[Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783), philosophe]

Ensemble de 2 lettres autographes du futur cardinal de Rohan adressées à d’Alembert.

1 page in-8 (légère déchirure dans le coin gauche sans perte de texte) et 1 page et demie in-8

Pétri de culture et de littérature, habitué du salon de Mme Geoffrin et ami des philosophes, le futur Cardinal de Rohan est membre de l’Académie Française depuis 1761. Dans les années 1770, il est envoyé par Louis XV auprès de la Cour d’Autriche en tant qu’Ambassadeur. L’Impératrice Marie-Thérèse ne le porte pas dans son cœur mais il s’entend très bien avec son fils Joseph Empereur du Saint-Empire Romain Germanique.

Dans cette correspondance amicale, mêlée d’allusions à l’Académie et à la carrière diplomatique éclate toute l’admiration de Rohan pour d’Alembert.

  • Lettre autographe, le 2 avril 1772, adressée à d’Alembert

1 page in-8

Lettre de condoléances suite à la mort du Secrétaire Perpétuel de l’Académie Française Charles Pinot Duclos, auquel allait succéder d’Alembert :

« Nous devons tous regretter, Monsieur, celui que vous pleurez. C’est un ami de moins pour vous, et c’est perdre immensément. Mais cet homme intéressant est une perte aussi pour l’état et pour l’académie à laquelle il était nécessaire…Il avait des défauts, telle est la condition humaine, mais il n’avait point de vice ; c’est avoir reçu le bon lot de l’auteur de toutes choses. Monsieur d’Alembert, je vous prie d’être persuadé que je partage bien sensiblement votre peine, et je vous assure que je suis bien vivement affecté…

Vale et me semper ama [au revoir, aimez-moi toujours]

Ce 2 avril 1772

Je vous prie de me marquer si l’abbé Morlet [Morellet] a reçu une lettre de moi et dans laquelle il y a un mot pour ma sœur Princesse de Masseran, à Londres, ce mot devait lui servir d’autorisation pour se présenter chez elle… »

  • Lettre autographe, Vienne, 3 mars [vers 1772]

1 page recto/verso in-8 (indication « lettre de M. le P[rince] Louis » d’une autre main)

Très belle lettre amicale évoquant le jeu des négociations diplomatiques avec les grandes puissances européennes, probablement lors du complot organisé par l’Autriche, la Prusse et la Russie pour se partager la Pologne. Quelques mots sont difficiles à déchiffrer, nous les remplaçons par des pointillés.

« Tout le mal qu’ont voulu me faire mes ennemis n’approche pas du bien que j’éprouve à l’expression de votre amitié. Monsieur d’Alembert, je vous aime et je vous respecte et quand je pense que vous m’aimez, il me semble que j’en vaux mieux, que j’en vaux plus. Je suis heureusement né car l’attachement des personnes estimables est un bonheur pour moi trop réel pour être seulement altéré par le cri de la calomnie, je sens tout ce qui me manque, et je ne vous le dis par une fausse modestie mais parce que c’est une vérité qui me peine. Je suis livré au travail des choses sérieuses, il me coûte de quitter le charme que je trouve aux ouvrages de littérature mais…..que mon goût ne me ramène malgré moi que j’ai fait une séparation totale, l’importance des affaires du moment présente un grand intérêt, je pense que nous trouverons moyen d’éviter la guerre, je ne vous cache pas que je viens d’envoyer… pour en demander la possibilité. Il y a ici une assemblée de gens assez extraordinaire, l’envoyé de Pologne, l’Evêque de Kaminie, un autre envoyé de la Confédération (1) et en outre un ministre particulier du landgrave de Hesse Cassel (2), tous ces gens d’intentions et d’intérêts bien différents sont arrivés à un jour les uns des autres dans la même semaine, tous ils me conteront leurs affaires, chacun cherchera à me tromper et moi je les écouterai avec impartialité et sans inquiétude de leur finesse parce que je suis simplement vrai et bien éloigné de vouloir les attraper, encore moins les tromper. Si de cet ensemble il peut naître un….de rapprochement, je ne le laisserai pas s’échapper. Adieu dîtes bien des choses à nos amis, l’Abbé Morlet [Morellet] m’avait promis……..Je suis fâché de l’attendre si longtemps parce que je la recevrai avec grand plaisir. Adieu, je vous embrasse de tout mon cœur, quand vous serez rassemblé……

de Vienne, 3 mars »

  1. Probablement la Confédération de Bar, alliance nouée par des patriotes polonais pour défendre le pays contre l’ingérence des puissances étrangères

  2. Souverain de l’Etat de Hesse-Cassel, membre du Saint-Empire Romain Germanique

L’Ambassade de Rohan à Vienne tourna mal : il comprit que Marie-Thérèse jouait double jeu et le fit savoir à la Cour de France. La jeune Dauphine Marie-Antoinette s’en offusqua et lui en tint rigueur. L’affaire du Collier dans laquelle il fut impliqué malgré lui quelque dix ans plus tard fut le signe de sa disgrâce finale.

RARE.

PRIX : 1000 EUR