Révolution Française 6 octobre 1789

Lettre autographe signée, Le Mans, 11 octobre 1789, 3 pages petit in-4 et page d’adresse (17 x 21 cm), adressée à Monsieur Le Masson, contrôleur des actes à Brûlon.

Très intéressant témoignage d’un notaire sur l’atmosphère révolutionnaire à Paris en 1789 et plus particulièrement sur la journée du 6 octobre 1789 et le départ forcé de la famille royale de Versailles :

« Les circonstances présentes déterminent et la mère et le fils de surseoir quelque temps jusqu’à ce que les événements qui se succèdent rapidement, ou bouleversent entièrement la Nation, ou ramènent le calme. […] Tous les ressorts de la machine gouvernante sont dans une telle vibration, qu’il est encore fort incertain s’ils pourront résister à la violence de cette secousse. […]

Vous aurez sûrement pris communication du dernier trouble de Versailles, chez Mr Suard. Mon beau-frère Mr de Lafosse qui est parti le lendemain de cette scène, de Paris, me disait tout à l’heure que la Reine avait eu beaucoup de peine à monter dans la voiture pour se rendre à Paris. En arrivant les femmes qui escortaient le cortège royal, en armes, disaient aux Parisiens « Eh ! bien, Messieurs, nous savions bien que nous vous emmènerions le boulanger, la boulangère et le petit mitron (en parlant du Dauphin) ». La Reine en passant à la grève sous le réverbère où on avait fait rouler les pendilleries [les pendus en place de grève] pleura amèrement et jeta les hauts cris jusqu’à ce qu’elle fut entrée dans la salle de l’Hôtel de Ville. On présume généralement que le séjour de la Cour sera désormais au Louvre, moitié femmes et moitié hommes de la Milice citoyenne, se sont établis gardes du corps. On espère que l’Assemblée Nationale plus tranquille, et ses membres, soupçonnés, plus surveillés, vont hâter un peu plus la besogne. Le Clergé surtout va filer du doux, car il est en exécration au peuple. Les femmes séantes à l’Assemblée à Versailles les demandèrent tous pour les pendre, ce qui les fit déserter promptement la salle. […] Comme vous voyez, voilà bien des projets, mais qui ne sont encore exécutés. Il y a peut-être un peu d’exagération dans ces demandes, mais au fond tout n’est pas à rejeter, il est sage d’élaguer les frelons fainéants qui viennent sucer les fleurs destinées aux abeilles laborieuses. Celui qui ne dessert pas l’autel, ne doit pas vivre de l’autel »

PRIX : 500 EUR