[Raymond RADIGUET (1903-1923), écrivain], Bernard GRASSET (1881-1955), éditeur

Lettre signée avec post-scriptum autographe de Jean Cocteau

20 x 27 cm

Très intéressante lettre de l’éditeur Bernard Grasset au moment où il s’apprête à publier le chef-d’œuvre de Radiguet, « le Diable au Corps », qu’il dévoile en avant-première à son correspondant :

« je me fais une joie de vous adresser les bonnes feuilles d’un roman que je vais incessamment publier et qui porte comme titre LE DIABLE AU CORPS. Son auteur Raymond RADIGUET avait à peine dix-sept ans quand il écrivit ce roman. Je ne crois pas que depuis Arthur Rimbaud qui à cet âge avait achevé son œuvre poétique, on se soit trouvé devant un tel phénomène littéraire.

Le « DIABLE AU CORPS », c’est le livre d’un enfant qui se voit aux prises avec une aventure d’homme et s’analyse avec une clairvoyance miraculeuse, sans fausse pudeur ni hypocrisie. C’est aussi la guerre vue par des yeux d’enfant et ceci est tellement nouveau que de ce seul point de vue le livre de RADIGUET me paraîtrait mériter une place dans la littérature contemporaine.

Seules les personnes qui prennent « DAPHNIS ET CHLOE » pour un roman libertin se scandaliseront peut-être de ce « DIABLE AU CORPS ». C’est l’impudeur charmante de l’enfance et tous ses mécanismes secrets montrés au grand jour par un maître de dix-sept ans.

Il m’a semblé que ce livre par toutes les qualités et les magnifiques promesses qu’il contient méritait un effort tout particulier. Aussi, avant même de le lancer, je suis infiniment désireux de recueillir les quelques opinions auxquelles je tiens. C’est pour cette raison que je viens vous dire combien je serais heureux de connaître votre jugement sur le livre de RADIGUET avant même qu’il n’ait paru.

Croyez-moi, mon cher ami, bien cordialement à vous.

Bernard Grasset. »

Suit un post-scriptum autographe de Jean Cocteau, pour appuyer la demande de Grasset : « Cher ami, lisez ce livre. Je sais qu’il vous touchera par sa simplicité, sa tenue émouvante. Votre fidèle Jean Cocteau »

C’est en 1919 que Cocteau rencontre Radiguet, qui l’étonne par son talent et par sa maturité. Cocteau se pose en Pygmalion littéraire et encourage son protégé. En 1921, Radiguet entame la rédaction du Diable au Corps, dont Cocteau se fait le héraut auprès de Bernard Grasset. L’éditeur voit tout de suite le potentiel du jeune garçon et imagine une campagne de publicité pour lancer « le premier livre d’un romancier de dix-sept ans ». Radiguet revoit son texte sous la houlette de Cocteau, et le manuscrit définitif est remis à Grasset en janvier 1923. Le livre est un succès, dont Radiguet ne profitera que peu de temps, emporté par la fièvre typhoïde en décembre de la même année.

Restaurations, réparations, encre un peu passée, le document reste fragile.

Nous joignons un intéressant tapuscrit de Jean Cocteau avec corrections autographes : « Salut aux Amis de Lyon », qui présente le film « Le Testament d’Orphée » au public lyonnais en 1960.

PRIX : 1000 EUR