[Michel Ney (1769-1815), Maréchal] - Procès

Pierre-Marie Taillepied de Bondy (1766-1847), homme politique

Manuscrit autographe, sans lieu ni date  [décembre 1815]

2 pages in-4

Intéressante tentative de défense du Maréchal Ney par l’un des grands témoins à décharge lors du fameux procès.

Lors de la Première Restauration, Ney est passé sous les ordres de Louis XVIII. Apprenant le retour de l’Aigle en mars 1815, Ney promet au Roi de ramener le forcené « dans une cage de fer » . Mais Ney, toujours sensible à son passé de serviteur de l’Empereur, ne peut, selon ses propres mots, « arrêter l’eau de la mer avec ses mains » : il se rallie à Napoleon, malgré de nombreuses tensions entre les deux hommes. C’est à Waterloo que Ney montre toute sa bravoure, lançant à ses troupes : « venez voir comment meurt un Maréchal de France ! ». L’issue désastreuse de la bataille le mène tout droit à l’arrestation lors de la Seconde Restauration. Ney demande à ne pas être jugé par le Conseil de Guerre, car il craint la vindicte de certains de ses anciens camarades. Il préfère le Conseil des Pairs, ce que le Roi accepte.

Dès lors, la défense se fonde sur un argument central : le Maréchal Davout a signé le 3 juillet 1815, au nom de l’Etat, une convention avec les Alliés, stipulant notamment qu’aucune poursuite ne pourrait être menée contre les officiers et les soldats ayant tourné casaque pendant les Cent Jours.

C’est exactement le sujet du manuscrit que nous présentons, de la main de Taillepied de Bondy, l’un des signataires de la convention du 3 juillet avec les Alliés, sous les ordres de Davout. A ce titre, Bondy tente de défendre Ney en s’appuyant sur l’article 12 du traité. C’est ainsi qu’il est appelé à la barre, où il développe ses notes manuscrites, dont voici un extrait :

« Déclaration à la Cour des Pairs dans l’affaire du Marechal Ney

Les principales bases pour traiter étaient le maintien de la tranquillité publique, la conservation de la capitale et la garantie des personnes qui pouvaient être l’objet de quelque recherche à raison de leur fonction de leur conduite ou de leur opinion. C’est dans cet esprit et conformément aux instructions données par le conseil du Gouvernement et par le Mal Prince d’Eckmül [Davout] qu’était rédigé le projet que nous présentâmes au lord Wellington et au Mal Blücher dans la conférence que nous eûmes au château de St Cloud le 3 juillet (…) L’article 12 qui est celui relatif aux personnes qui pourraient être recherchées ne donna lieu à aucune objection et il fut accordé avec les paroles les plus rassurantes (…) c’est cette garantie donnée qui a rassuré et satisfait tous les esprits c’est cette convention qui a mis fin aux hostilités et qui a déterminé la soumission universelle.

En se reportant à l’époque du traité, il y avait alors à Paris le Conseil du Gouvernement, les chambres, tous les fonctionnaires publics et l’armée. Il est évident qu’au milieu de tant d’agitation, de passions, de craintes, de conseils divers, et d’intérêts différents, on ne pouvait réunir un si grand nombre de volontés et arriver sans secousse à un traité qu’en assurant le sort et la sécurité de tous et en les garantissant de toute réaction. C’est cette garantie donnée qui a satisfait tous les esprits.

C’est cette convention qui a mis fin aux hostilités, et qui a déterminé la soumission universelle, aussi c’est dans ce sentiment que nous avons la conviction d’avoir rendu à la France et au Roi un véritable service »

Cependant, l’argumentaire sera rejeté par la Cour des Pairs au motif qu’il aurait dû être invoqué avant tout débat sur le fond. Quelques jours plus tard, le Maréchal est convaincu de haute trahison et condamné à être passé par les armes.

Belle pièce.

450 EUR