Napoleon Bonaparte (1769-1821), Empereur

Document signé « Napol », Saint-Cloud, le 28 avril 1812

1 page grand in-folio

Très beau document partiellement imprimé, signé d’un grand paraphe par l’Empereur, autorisant un navire français en partance de Bordeaux à naviguer vers Saint-Domingue :

« Napoleon, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse.

Nous avons autorisé et autorisons par la présente licence spéciale signée de notre main et délivrée sous les numéros vingt cinq et quatre cent trente sept, le navire français  [ …]  sous la caution de la maison de commerce établie à Bordeaux H. Draveman aîné à appareiller, sortir du port de Bordeaux, naviguer à destination de Saint-Domingue et rentrer dans le même port, sauf cas de force majeure.

Nous entendons

  1. que le chargement dudit bâtiment sera composé, à sa sortie, en étoffes de soie des fabriques françaises pour le tiers au moins de sa valeur, en vins et eaux de vie de France pour un autre tiers, et le surplus en toiles, batistes, draps et autres produits du sol et de l’industrie dont la sortie est autorisée.

  2. que ledit navire pourra, en rentrant en France, introduire des cotons, huiles de poissons, poissons salés, sucre, café, cacao, épiceries de toute espèce, bois d’acajou et d’ébénisterie jusqu’à la concurrence de la valeur de son exportation.

  3. que le sieur Draveman justifiera à son retour, par preuves irrécusables, et à notre satisfaction, de la réalité de son expédition à Saint-Domingue, que sa cargaison d’importation provient bien de cette colonie et qu’elle a été chargée dans l’isle même et non ailleurs.  [ …] »

Le document s’achève sur l’ordre de laisser passer le navire, et sur l’interdiction faite à tout navire français ou allié et aux éventuels corsaires français de troubler le voyage de ce navire.

Napoleon signe d’un majestueux paraphe « Napol » (par-dessus le timbre sec aux armes), suivi des contre-signatures du Ministre du commerce Sussy, du Ministre Secrétaire d’Etat Daru, du Ministre de la Marine Decrès et du Directeur Général des douanes Ferrier.

A l’aube de la Révolution Française, Saint-Domingue est divisée entre la partie française (aujourd’hui Haïti) et la partie espagnole. La colonie française est réputée la plus riche du monde avec 793 sucreries, 3151 indigoteries et 3117 caféteries, pour des recettes de 137 millions de livres, supérieures à celles de toutes les îles environnantes. Cette abondance de production expliquant en grande partie les éternels appétits occidentaux vis-à-vis de cette île, alors occupée à l’ouest par les Français et à l’est par les Espagnols.

Mais en 1789, les idées révolutionnaires font leur chemin et un esclave affranchi, Jean-Dominique Toussaint (dit Louverture pour sa capacité à enfoncer l’ennemi), mène une révolte et réclame l’indépendance de la colonie. Le pouvoir français cherche à éviter la guerre, et transige avec Toussaint, préférant l’investir d’importantes responsabilités pour l’amadouer. Las, l’autorité de la France diminue et le jeune Bonaparte envoie des expéditions qui finissent en échecs. En 1801, Toussaint édicte une Constitution. Bonaparte a raison de lui et l’enferme. Mais cela n’éteint pas la révolte qui aboutit à la proclamation de l’indépendance du territoire en janvier 1804, sous le nom de Haïti, première République noire au monde.

2350 EUR