[Napoleon Bonaparte (1769-1815), Empereur]

Joseph-Louis d’Arbois de Jubainville (1764-1803), général de la Révolution

Lettre autographe signée (paraphe), Milan, le 16 Brumaire an VI [6 novembre 1797] , adressée à son frère à Trevise

3p ¼ petit in-4, une déchirure d’angle due à l’ouverture, adresse autographe, cachet de cire et tampon « Gl de l’Armée d’Italie »

Intéressant témoignage de première main sur les paroles et idées de Bonaparte Général en Chef de l’Armée d’Italie, par l’un des généraux de la Révolution, aide de-camp auprès de Bonaparte.

Destitué par le pouvoir révolutionnaire car noble, d’Arbois retrouve du service sous le Directoire où il est nommé Chef d’Etat Major dans les îles ioniennes, annexées à la France par le Traité de Campo-Formio de 1797. Puis il est envoyé auprès de Bonaparte, qui vient de créer en Italie la République Cisalpine sur le modèle politique français (Directoire). La capitale en est Milan.

Dans cette lettre, après avoir évoqué son ancien poste à Corfou, d’Arbois relate les discussions intervenues avec Bonaparte :

« Ici, le général en chef [Bonaparte] n’a pas demandé à être instruit de mon affaire. Il m’a chargé de lui faire un tableau figuré de toutes les connaissances que j’ai acquises sur les îles pendant le séjour que j’y ai fait et d’y joindre un mémoire détaillé. J’ai travaillé à cela depuis 24 heures et j’ai remis mon travail à Vignolle [Ministre de la Guerre de la République Cisalpine] pour le présenter au général en chef.

Je ne sais pas encore s’il en sera satisfait, et ce qu’il compte faire de moi. En attendant, je me repose, je dîne tous les jours chez Killemaine [général de l’Armée d’Italie] qui m’a promis de m’employer dans l’expédition d’Angleterre.

J’ai eu l’autre jour un plaisir infini à entendre parler Bonaparte sur les différents partis de la République :

Croient-ils, disait-il, que le sang français a coulé pour ramener en France le règne des Hebert et des Chaumette [révolutionnaires radicaux sous la Terreur] ? Ma tête tomberait bientôt sous de tels brigands’

Il traite avec une hauteur extrême les patriotes de Venise et de Lombardie qui blâment la paix qu’il en a faite et prétendent qu’après avoir organisé la démocratie en Italie, ils iront en France mettre ordre aux choses. Il a malmené le Directoire de Milan et trainé dans la boue le ministre de la police Porre. Il travaille sans cesse, se dépêchant de terminer toutes les affaires militaires et administratives de la Lombardie et de disposer les opérations ultérieures de son armée pour ensuite se rendre au Congrès de Rastadt… »

Le Congrès de Rastatt, prévu le 16 novembre 1797, débuta avec du retard en décembre. Il avait pour objet les possessions françaises en Allemagne, mais il fut un échec, les Autrichiens ayant perpétré des attentats contre les ambassadeurs français.

Beau témoignage, rare de cette époque.

PRIX : 450 EUR