Napoleon III (1808-1873), Empereur des Français

Lettre autographe signée, Paris, le 16 février 1860, adressée au Ministre des Cultes Gustave Rouland.

3 pages in-8

Dès 1859, la remise en question des Etats pontificaux par l’intervention française dans la guerre d’indépendance italienne brouille les relations entre le Pape Pie IX et Napoleon III. Les tensions s’étendent aux rapports entre le clergé français et l’Empereur. Des prêtres remettent en question l’autorité impériale. Napoleon enjoint alors à son Ministre des Cultes de rédiger une mise au point en forme de circulaire pour réaffirmer le respect dû par les ecclésiastiques au souverain impérial.

Dans cette lettre, l’Empereur suggère quelques modifications à apporter au texte proposé par Rouland, en insistant sur la séparation entre Eglise et Etat.

« Mon cher Monsieur Rouland

Je trouve votre circulaire aux évêques admirablement bien faite, et je vous en remercie. Il n’y a que la fin où la conclusion manque. Il faut à la fin dire que si la grande partie du clergé  a tenu une conduite exemplaire, quelques prêtres se sont laissé aller dans leur sermon a des allusions blessantes. Vous comptez sur les évêques pour les rappeler a leur devoir « qu’ils sont citoyens avant d’être prêtres et que si le chef de votre religion est au Vatican et mérite à ce titre tout votre respect le chef de votre pays est aux Tuileries et qu’a ce titre il a droit aux égards et a l’obéissance du clergé »

Vous comprendrez mieux que je ne le fais ici […] comment je voudrais que fut la fin de votre éloquente circulaire.

Recevez l’assurance de mon amitié.

Napoléon »

La circulaire parut le lendemain, sur 6 pages, en reprenant textuellement, en conclusion, la phrase de Napoléon proposée dans cette lettre. Elle ne contribua pas à atténuer les tensions, et l’un des évêques les plus influents de l’époque, Monseigneur Dupanloup dénonça « une suite de mesures hostiles, de tracasseries vexatoires, de circulaires profondément blessantes où l’intention d’humilier, d’entraver l’Eglise et de maltraiter le clergé est aussi visible qu’impolitique. Assurément, si on veut de parti pris aliéner au gouvernement tout l’épiscopat, on ne saurait mieux faire. »

PRIX : 750 EUR