Jules Mazarin (1602-1661), Ministre d'Etat

Lettre autographe signée, Paris, le 25 novembre 1634, adressée au Prince Thomas de Savoie

2 pages in-folio, encre pâlie

Intéressante et rare lettre de jeunesse de Mazarin, alors vice-légat d’Avignon, c’est-à-dire gouverneur des Etats pontificaux enclavés en France.

En novembre 1634, Mazarin est envoyé par le Pape Urbain VIII à Paris en tant que « nonce extraordinaire » pour appuyer les intérêts de Rome et prôner la paix. Mazarin, qui s’est illustré comme un fin diplomate auprès du Pape, a déjà rencontré Richelieu trois ans auparavant, suscitant, par ses capacités de négociateur, l’enthousiasme de la Cour de France.

Ce nouveau voyage à Paris, étape cruciale dans la carrière de Mazarin, est l’occasion pour lui de tisser des liens plus étroits encore avec le pouvoir et d’apporter une aide précieuse à la diplomatie française.

Aux premiers jours de ce voyage parisien, il écrit au Prince de Savoie, frère du Duc Victor-Amédée de Savoie. Les deux hommes se connaissent bien : Mazarin, ayant négocié la Paix franco-savoyarde en 1631, a reçu les faveurs du Prince.

Dans cette lettre, Mazarin évoque sa carrière, ses intérêts financiers, et ses rencontres à Milan avec Marie de Bourbon, la femme du Prince.

En voici une possible traduction :

« Sérénissime et très excellent Seigneur,

Je ne jouirais pas parfaitement des grâces qui m’ont été confiées par la Sainteté de Notre Seigneur si je ne les notifiais pas à Votre Altesse comme à l’un des plus grands patrons qu’il me soit donné d’avoir, ayant toujours favorablement pris mon parti en déclarant recevoir avec reconnaissance ma très humble servitude. Aussi, je Lui fais part de mon arrivée dans cette Cour en qualité de Nonce extraordinaire après avoir au passage pris de nouveau possession de la vice-légation d’Avignon. Que votre Altesse se plaise à m’honorer de ses commandements et à croire que j’emploierai chacun de mes avancements à La servir bien volontiers, ainsi que mes obligations le requièrent. 

Monsieur Mondini (1) écrira à Votre Altesse quelque chose à propos d’un intérêt que j’ai avec Baunis [ou Bacinis ?] qui depuis quatre ans a profité et profite de 1500 pistoles que je lui fis payer comptant à Rome

[…]

Ci-joint, Votre Altesse trouvera une lettre qui, je crois, ne Lui causera pas de déplaisir. J’eus la fortune de recevoir son auteur (2) plusieurs fois à Milan et de l’entretenir longuement sans que ma qualité de Nonce ne puisse empêcher nos querelles habituelles. Mais je la mis en colère en lui disant que j’aurais tôt fait de me venger en envoyant à Votre Altesse de petits cadeaux de Rome pour qu’Elle les offre aux dames de Bruxelles (3). C’est ce que je ferai dès que Votre Altesse aura indiqué à Monsieur Mondini le moyen par lequel il devra les envoyer, mais non pour les offrir à quelque dame que ce soit, étant certain que dans ce cas la Princesse ne me le pardonnerait pas si facilement.

Je laissai Son Altesse à Milan en excellente santé, dont jouissaient aussi parfaitement tous les Princes ses fils.

[…]

Je suis, de Votre Altesse Sérénissime, le très humble et très obéissant serviteur.

Paris, le 25 novembre 1634.

Giu Mazarini »

  1. Andrea Mondini, abbé, prête-nom des activités financières de Mazarin

  2. Marie de Bourbon, femme du Prince

  3. Thomas de Savoie-Carignan vient alors de rompre avec la France et de passer au service du roi d’Espagne, qui lui a donné le commandement de ses troupes aux Pays-Bas. Il s’illustrera aux sièges de Corbie et de Saint-Omer et ne se réconciliera avec la France qu’en 1640

Cet établissement à la Cour de France permet à un Richelieu vieillissant de confirmer la bonne impression qu’il a déjà de Mazarin, voire de le considérer comme un possible successeur. Quelques années plus tard, Mazarin revient en France et s’installe au Palais Royal. Il est naturalisé Français et obtient le cardinalat. A la mort de Richelieu, en 1642, il devient le principal Ministre d’Etat, et le parrain du tout jeune Louis XIV, qu’il servira vingt ans durant.

2000 EUR