Martial de Brives (1600-1653), poète

Lettre autographe signée, Bordeaux, le 16 octobre ? 1648, adressée à « Madame la Duchesse de Bouillon à Paris »

3 pages in-8, adresse autographe, déchirure en partie haute avec perte de quelques lettres

Rarissime lettre du poète capucin Martial de Brives, de son vrai nom Dumas, qui consacra sa vie à la prière, à la méditation, puis, à la fin de sa vie, à la poésie religieuse. Il ne publia, de son vivant, que deux titres : le Parnasse sérigraphique et les Derniers soupirs de la Muse, qui constituent des paraphrases de psaumes.

Dans cette missive empreinte de dévotion pour Dieu, il supplie la Duchesse de Bouillon Eleonore de Bergh de lui octroyer ainsi qu’à sa « Mission de Turenne » un nouveau toit :

« La Paix de N[otre] S[eigneur] vous soit pour salut

Madame,

Je viens implorer les secours et la protection de Votre Altesse, en faveur de votre Mission de Turenne et des serviteurs de Dieu qui y sont employés à l’instruction de votre peuple. Mon beau-frère de Parménie, qui nous avait prêté sa maison pendant la vie de feu ma sœur sa femme, et depuis jusques à cette heure qu’il s’est remarié qu’il est sur le point d’avoir de la famille, nous redemande sa maison ; il doit beaucoup et se trouve obligé de vendre une partie de son bien pour payer ses dettes et en particulier il me vient d’écrire qu’il a exposé cette maison en vente, et que l’état de ses affaires ne peut plus souffrir qu’il se prive à notre considération du notable secours qu’il leur peut donner par l’argent qu’il retirera de la vente de cette maison.

C’est ce qui nous contraint de supplier Monseigneur et vous Madame de vouloir achever l’ouvrage de votre piété en donnant ordre à vos officiers à Turenne de nous pourvoir de quelque petit logement : la chose sera de dépense très peu considérable et le mérite en sera devant Dieu en très grande considération et peut-être, il veut Madame que cette bonne œuvre soit en Vos Altesses la dernière disposition à recevoir le repos et la gloire dont il prétend de vous combler ; et ce qui nous console dans le déplaisir et dans la confusion que nous avons de vous faire cette très humble et très instante supplication, avant que d’avoir vu l’heureuse conclusion de toutes vos affaires.

Mais Madame la bonne œuvre qui en ce cas-là serait une action de grand des faveurs que vous auriez reçues de Dieu sera maintenant une préparation à les recevoir. Cependant, nous demanderons ardemment et persévéramment à Sa divine Majesté devant laquelle tous souverains ne sont que sujets qu’il abrège sur votre illustre maison les jours d’épreuve [et les] tribulations, et qu’il ramène les jours de joie et de félicité, afin que l’on voie la vertu et la prospérité réconciliées, et comme dit l’écriture, la justice et la paix s’entrebaiser.

Au reste, Madame, puisque V[otre] A[ltesse] ne trouve point mauvais que je m’attache à la prière pour Dieu avec une pareille obstination, j’ai déjà conjuré V.A. par toute la miséricorde que vous attendez de Dieu en ce monde et en l’autre, d’avoir pitié d’une pauvre damoiselle catholique, sœur de Mr de Tersac, que la différence de religion a séparée d’avec lui, qu’il laisse mourir de faim sans qu’il veuille ouïr parler de lui donner ce qui lui appartient, et comme elle n’a pas moyen de plaider, elle est réduite à une nécessité si extrême qu’elle ne saurait que devenir sans une pauvre bonne veuve qui l’ayant entretenue deux ans à ma prière est bien en peine de lui continuer cette charité. Souffrez Madame s’il vous plaît la hardiesse et l’importunité de mon zèle qui ne se lassera jamais de vous demander cette miséricorde au nom du Juge des vivants et des morts, pour cela Madame, il ne fait que deux mots de V.A. à ce gentilhomme pour lui commander de faire raison à sa sœur. Et ne lui refusez pas s’il vous plaît non plus qu’à moi la qualité,

Madame,

de Votre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur en N[otre] S[eigneur]

MARTIAL DE BRIVE

A Bordeaux, ce 16.8. 1648 »

Nous n’avons trouvé aucune trace d’autres lettres de Martial de Brives.

1100 EUR