Louis XVI (1754-1793), Roi de France

Lettre imprimée signée (secrétaire), 25 novembre 1783, adressée à « Monsieur de Montlezun, Lieutenant de ma Citadelle de Marseille »

1 page in-folio, cachet sec aux armes de France

Très intéressante lettre par laquelle le Roi de France célèbre la fin de la Guerre d’Indépendance Américaine, qui consacre l’avènement des Etats-Unis :

« Monsieur de Montlezun, après avoir posé les fondements de la Paix par les articles préliminaires que j’ai signées avec le Roi de la Grande Bretagne, je n’ai point différé à travailler à la conclure définitivement. Les conférences tenues à cet effet ont eu le succès que je pouvais désirer ; et le Traité définitif de Paix, auquel l’Empereur Roi de Hongrie et de Bohème et l’Impératrice de toutes les Russies ont concouru comme médiateurs a été signé à Versailles le 3 du mois de Septembre. Les ratifications de ce Traité ayant été solennellement échangées, et l’ouvrage de la Paix étant par là entièrement consommé, mon intention est de rendre à Dieu de nouvelles actions de grâces de la tranquillité qu’il veut bien accorder à mes peuples. C’est dans cette vue que je demande aux Archevêques et Évêques de mon Royaume de faire chanter le Te Deum dans les Eglises de leur Diocèse, et je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous assistiez à celui qui sera chanté dans l’Eglise de la Place où vous commandez, avec les Officiers de l’Etat Major et de la Garnison : que vous fassiez tirer le canon, faire des feux de joie, et donner toutes les marques de réjouissance publique usitées en pareil cas. […] Ecrit à Versailles, le 25 novembre 1783.

LOUIS

Le Mal de Segur » 

Dès la Déclaration d’Indépendance américaine en 1776, le jeune Louis XVI s’intéresse au jeune pays qu’il envisage de soutenir, sous l’influence de ses ministres, en particulier Vergennes, en charge des Affaires Etrangères.

La France voit dans ce conflit non seulement la révolte d’un peuple éclairé par la philosophie des Lumières, mais aussi l’occasion de laver son honneur bafoué lors de la Guerre de Sept Ans face à l’Angleterre. L’Ambassadeur des Etats-Unis en France, Benjamin Franklin, défend auprès de Louis XVI les aspirations de son tout jeune pays, et sa popularité est telle qu’il convainc la Cour de soutenir sa cause.

Louis XVI accepte d’envoyer, d’abord officieusement, des armes aux « Insurgents » en échange de produits comme le coton et le tabac. Mais ce n’est pas suffisant : des officiers sont missionnés afin de former les troupes sur place. Lafayette s’embarque, sans en avoir reçu l’ordre, pour soutenir le Général Washington. Sous la pression de Vergennes et de l’opinion publique, et malgré les mises en garde de Turgot contre les dépenses extraordinaires engendrées par une telle intervention, Louis XVI décide de signer formellement un traité d’alliance avec les Etats Unis en février 1778.

Mise en échec dans un premier temps, l’armée française remporte des batailles décisives sous le commandement de Rochambeau. Les Anglais capitulent à Yorktown en 1781 et les négociations aboutissent au Traité de Paris (1783), évoqué dans notre document. La France redore son blason, et réussit à limiter la puissance britannique. Mais elle ne gagne aucun nouveau territoire, hérite d’une dette massive due aux investissements militaires, et voit, sous l’influence américaine, les idéaux révolutionnaires progresser dans la société. Un ensemble de facteurs propice au déclenchement de la Révolution Française six ans plus tard…

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