Ouverture des Etats Généraux, mai 1789

Lettre autographe, Paris, le 5 mai 1789

4 pages in-8

Fascinant récit de l’ouverture des Etats-Généraux, cet événement qui débuta la Révolution Française, par un témoin direct, un militaire visiblement royaliste (nous avons corrigé les fautes d’orthographe) :

« J’arrive de Versailles, mes bons frères, où j’ai passé trois jours pour voir toutes les cérémonies relatives aux états généraux. Hier, s’est faite la procession avec le St Sacrement accompagné du roi, de la reine à pied et de tous les princes et princesses du sang ; tout l’éclat de la Couronne relevait cette auguste cérémonie à laquelle un beau jour laissait tout son lustre. Les députés marchaient en file [… ] deux à chaque côté de la rue. Rien n’a troublé la magnifique marche, un peu de lenteur dans les dispositions a diminué le plaisir des spectateurs et a peut-être ennuyé les spectateurs qu’un soleil très rayonnant échauffait avec indiscrétion à la sortie d’un hiver aussi rigoureux.

La journée d’aujourd’hui n’a pas été moins belle ; la marche du roi à la salle des états a été la même que la procession, excepté qu’elle s’est faite dans les carrosses du sacre, escortés de 600 gardes du corps. Les rues étaient bordées de gardes françaises et suisses derrière lesquelles était un peuple énorme qui poussait jusqu’au Ciel un Chorus de Vive le roy. Il en a été de même à l’entrée de sa majesté à la salle des états généraux où l’on avait placé tous les députés avant son arrivée.

Son discours à la nation a produit une sensation délicieuse. Les larmes roulaient dans les yeux des auditeurs. Mr le garde des sceaux [Charles de Paule de Barentin, qui occupe cette charge de septembre 1788 à juillet 1789] a parlé ensuite, on ne l’a pas entendu, mais personne ne s’en est plaint. Mr Necker [Directeur Général des Finances] a pris la parole après, avec son succès accoutumé, son mauvais organe ne répondant pas à ses belles idées, il a demandé au roi de faire continuer la lecture de son discours par son secrétaire ; sa majesté le roi l’a accordé et les lumières de ce grand homme se sont propagées dans toutes les parties de l’assemblée qui l’a applaudi avec le transport de l’enthousiasme.

Je ne vous détaille pas le costume des différents ordres des députés, toutes les gazettes en font mention. Tout s’est passé de la manière la plus touchante ; toutes les cérémonies se sont faites sans tumulte, et sans accidents. L’on doit commencer demain à traiter les affaires de l’état, peut-être dit-on, examinera-t-on si tous les députés ont les qualités requises et la réputation assez intacte pour représenter la nation. Si cela arrive, plusieurs doivent trembler.

Je vous fais mon compliment sur le succès de votre commission et je serai bien aise d’apprendre votre retour à Toulon. La révolte de Paris a été bientôt apaisée. Force coup de fusils qui ont tué au plus 50 personnes, mais que l’on porte à 80 pour rendre la chose plus touchante, ont fait renaître une paix que rien ne troublera plus.

Il y a ici deux régiments de cavalerie, celui de royal cravate et de Bourgogne et aux environs de Paris. Il y a en plus d’autres régiments de dragons et de hussards qui font trembler la canaille. »

La lettre se termine par une page de nouvelles personnelles : « je devais partir à la fin du mois pour aller en Bretagne mais je viens de m’engager à accompagner Madame la vicomtesse de Pons si elle va prendre les eaux bonnes qui sont auprès de Pau. ». Il va obtenir sous peu sa lettre de passe pour le régiment d’Orléans dragons. Il embrasse ses deux frères, auxquels est adressée la lettre, et évoque une anecdote piquante au sujet des députés de la Bretagne dont il est originaire : « ma pauvre Bretagne joue un pauvre rôle. Les députés du Tiers se [mot illisible] tout seuls avec trois curés pour tout le clergé. Un paysan de la Bretagne député a paru avec l’habillement de son pays et a bien fait rire la Cour, on l’a pris pour un Chinois. »

Il ajoute en guise de post-scriptum : « L’on croit toujours que Mr de Puységur s’en ira sous peu ainsi que le Conseil de la guerre. Je regretterai pour mon compte ce Ministre »[Le Comte de Puységur quittera en effet en juillet 1789 le poste de Ministre de la Guerre].

Très intéressant, et en contradiction sur certains points avec l’histoire officielle, en particulier sur l’accueil du discours de Necker.

 

PRIX : 500 EUR