Claude Debussy (1862-1918), compositeur

Lettre autographe signée, sans lieu [Paris], le 29 novembre 1903, adressée probablement à l’un des fondateurs de la Revue Durandal (Paul Demade ou Henry Carton de Wiart)

1 page ½ in-8, papier à en-tête 58 rue Cardinet

Intéressante lettre de Debussy relative à son art et à son refus d’écrire des mélodies :

«[…]  Je vous suis redevable du bel article qu’écrivit notre ami de La Laurencie dans votre revue. – Malgré ce que cela comporte de personnalité il me faut avouer qu’on a rien écrit de plus clair sur ce que je tente. Si je ne m’étais pas volontairement interdit d’écrire des mélodies, j’aurais eu grand plaisir à accepter votre permission de mettrant [sic] en musique quelques poèmes du très regretté Ch. de Sprimont ; il m’est au moins précieux de posséder son œuvre, par vos soins… ». Il espère avoir l’occasion de rencontrer son correspondant à Bruxelles.

L’article du musicologue La Laurencie auquel il est fait référence fut publié en 1903 dans la Revue belge Durandal. Il s’intitule « Notes sur l’art de Claude Debussy » et brosse le portrait musical du compositeur en ces termes : « en transportant l’auditeur de plain-pied dans une région encore inexplorée du monde harmonique, il accapare à un tel point son attention que celle-ci, submergée par le flot incessant d’impressions qui le déconcertent, demeure incapable de percevoir les dispositifs formels et l’architecture des œuvres, pour ne garder qu’un souvenir confus de flottement, de mystère et d’insaisissable ». Au terme d’une analyse poussée des harmonies du compositeur, et d’une démonstration de leur caractère tout à fait construit et rationnel, l’auteur de l’article conclut : « quiconque voudra d’abandonner à la captivante beauté de cet art nne regrettera pas de s’être libéré des parti-pris et des préjugés. ». Debussy semble donc en accord parfait avec cet article.

Précision intéressante : dans cette lettre, Debussy semble certain de ne plus vouloir écrire de mélodies. De fait, l’essentiel de son catalogue dans ce domaine a été composé avant 1900, mais la rencontre avec Emma à l’époque de cette lettre va remettre en question cette décision. Il écrira plusieurs cycles de mélodies (Trois Chansons de France, Fêtes Galantes…) sur des textes aux esthétiques fort différentes, de Charles d’Orleans et Villon à Verlaine et Mallarmé.

Le poète belge d’expression françaiseCharles de Sprimont mentionné dans cette lettre était mort la même année, à l’âge de 23 ans.

Nous remercions vivement M. Denis Herlin du CNRS, spécialiste de Debussy, pour ses précieuses informations.

PRIX : 1600 EUR