Chute du Second Empire (1870)
Lettre autographe signée « Kolb » (?), Paris, le… septembre [18]70
3 pages in-8, adresse autographe
Très intéressante relation enfiévrée de la chute du régime impérial au moment même où l’on apprend la défaite de Sedan et la captivité de Napoleon III. L’Empereur est déclaré déchu et la République renaît mais les Prussiens avancent dangereusement vers la capitale. C’est toute cette agitation politique et militaire que narre avec fougue le scripteur de cette lettre.
« La République est maintenant un fait consommé. Nos grandes villes ont suivi l’exemple ! Quant à l’Empereur, il s’est montré plus lâche que je ne le croyais. Il n’a pas été fait prisonnier, il s’est rendu, ou plutôt il s’est livré à …..Il n’a pu mourir à la tête de ses soldats.
Depuis, il a dit à son cher frère le Roi de Prusse qu’il fallait dix ans à la France pour avoir une armée comme l’armée prussienne.
En attendant, le gouvernement provisoire trouve des fusils jusqu’alors introuvables, j’en ai vu passer 5 voitures hier allant à la Mairie du Pantheon. On passe en revue les cartouches…voitures emmenées à Vincennes contenant du sable au lieu de poudre.
Supprimé le Sénat. Dissous, le corps législatif. Tous les journaux, sauf la Gazette de….crient « vive la République » et exaltent son avènement. Un seul, le Réveil trouve que le gouvernement n’est pas assez avancé. Le Rappel, Cloche, Marseillaise, Centre gauche reparaissent. Tous les détenus politiques sont en liberté, Rochefort a été porté en triomphe, ….hommes, mais il était bien de le mettre au gouvernement pour contenter la classe ouvrière.
Jamais spectacle plus grandiose que cette révolution n’a été vu. Pas une goutte de sang ! Point de pillage : Le peuple parisien s’est respecté ! Ce fait rassurera-t-il les campagnes ? Espérons-le.
L’Impératrice n’était pas partie comme on l’a dit ! Elle voulait abdiquer, c’est le ministère qui s’y est opposé. A cinq heures seulement, elle aurait quitté. Un secrétaire des Tuileries disait : « c’est affreux ! Cette pauvre Impératrice, comme tous ceux qu’elle avait gorgés l’on abandonnée ! ». Je ne sais pourquoi, je la plains, elle et surtout son fils. Une auréole entoure leur nom. Aujourd’hui, celle du malheur qui fait tout oublier.
C’est dans la salle du Trône à l’Hôtel de Ville qu’a siégé le gouvernement provisoire dimanche. La foule voulait briser le portrait de l’Empereur qui s’y trouvait : Gambetta s’est élancé et s’est écrié : « Citoyens, vous avez supporté l’original pendant vingt ans, pour le punir aujourd’hui, contentons-nous de lui retourner la face contre le mur. C’est tout ce qu’il mérite.
Hier calme partout, un mas a été planté à la place du château d’eau.
Les Prussiens avancent. Les enrôlements volontaires sont incroyables. Hier, 399 jeunes nouveaux soldats sont passés sous nos fenêtres ! Si la France se lève comme Paris, nous sommes vainqueurs, et Napoleon verra son erreur.
Nous avons maintenant … comme en 92, la République que le gouvernement provisoire va faire miroiter en Allemagne. On a voulu rétablir le drapeau rouge, on n’y est pas arrivé, mais on est en émoi. Dans six jours au plus tard nous serons assiégés.
En attendant, pour prévenir toute éventualité, envoyez moi 100 francs, je n’aurai pas, cette fois, les secours du Mont-de-Piété : l’argenterie, l’orfèvrerie sont dépréciées, on ne m’en donnera pas 40F. »
Il termine en donnant des nouvelles de sa santé depuis l’hôpital où il séjourne.
Sur la troisième page, l’auteur envoie à son correspondant la liste définitive du gouvernement provisoire :
« Emmanuel Arago, Maire de Paris
Cremieux, Garde des Sceaux, justice
Jules Favre, Affaires Etrangères
Ferry, M. Intérieur
Garnier Pagès
Glais Bizoin
Pelletan
Picard, finances
Rochefort
Jules Simon, instruction publique
Président Trochu Gouverneur de Paris et Ministre de la Guerre
En plus au Ministère
Keratry Préfet de police
General Letho, adjoint au Ministre de la Guerre
Amiral Fournichon, adjoint au Ministre de la Marine
Magnier, commerce et agriculture
Dorian, Travaux publics
Pietri n’a pu être arrêté. [probablement Joseph Marie Pietri, Préfet de police de Paris de 1866 à la chute de l’Empire]
Magnifique témoignage.
750 EUR