Gabriele d'Annunzio (1863-1938), écrivain, poète

Manuscrit autographe signé, sans lieu ni date

4 pages in-4, quelques effrangeures sans atteinte au texte

Rare manuscrit poétique de Gabriele d’Annunzio, qui recopie ici son poème Aprile, extrait du recueil « Poema Paradisiaco » publié en 1893.

APRILE

Socchiusa è la finestra, sul giardino.
Un’ora passa lenta, sonnolenta.
Ed ella, ch’era attenta, s’addormenta
a quella voce che giù si lamenta,
– che si lamenta in fondo a quel giardino.

Non è che voce d’acque su la pietra:
e quante volte, quante volte udita!
Quell’amore e quell’ora in quella vita
s’affondan come ne l’onda infinita
stretti insieme il cadavere e la pietra.

Ella stende l’angoscia sua nel sonno.
L’angoscia è forte, e il sonno è così lieve!
(Par la luce d’april quasi una neve
che sia tiepida.) Ed ella certo deve
soffrire, vagamente, anche nel sonno.

Tutto nel sonno si rivela il male
che la corrompe. Il volto impallidisce
lentamente: la bocca s’appassisce
nel suo respiro ; su le guance lisce
s’incava un’ombra… O rose, è il vostro male:

rose del sole nuovo, pur di ieri,
ch’ella recise ad una ad una (e in tanto
ella era affaticata un poco, e in tanto
l’acque avean su la stessa pietra il pianto
d’oggi), oggi quasi sfatte, e pur di jeri!

Ella non è più giovine. I suoi tardi
fiori effuse nel primo ultimo amore.
Fu di voluttà ebra e di dolore.
Un grido era nel suo segreto cuore,
assiduo: – Troppo tardi ! Troppo tardi !

Ella non è più giovine. Son quasi
bianchi i capelli su la tempia ; sono
su la fronte un po’radi. L’abbandono
(ella è supina e immota), l’abbandono
fa sembrar morte le sue mani, quasi.

Né pure il gesto fa scendere mai
sangue all’estrenútà de le sue dita!
La tragga il sogno lungi da la vita.
Veda nel sogno almen, ringiovanita,
l’Amato ch’ella non vedrà piu mai.

Socchiusa è la finestra, sul giardino.
Un’ora passa lenta, sonnolenta.
Non altro s’ode, ne la luce spenta,
che quella voce che giù si lamenta,
– che si lamenta in fondo a quel giardino.

GABRIELE D’ANNUNZIO

Nous reproduisons ici la traduction proposée par Georges Herelle en 1912 :

AVRIL

La fenêtre est entr’ouverte, sur le jardin.

Une heure passe, lente, somnolente.

Et elle, d’abord attentive, finit par s’endormir

à cette voix qui là-bas sa lamente,

qui se lamente au fond de ce jardin.

Ce n’est qu’une voix d’eau sur la pierre

et combien de fois, combien de fois entendue !

Cet amour et cette heure s’abîment dans cette vie

comme s’abîment dans l’onde sans fin

le cadavre et la pierre liés ensemble.

Elle détend son angoisse dans le sommeil.

Mais l’angoisse est forte, et le sommeil est si léger :

(La lumière d’avril ressemble presqu’à une neige

qui serait tiède.) Et certes elle doit

souffrir, vaguement, aussi dans le sommeil.

Tout entier se révèle dans le sommeil

le mal qui la consume. Sa face pâlit

lentement ; sa bouche se fane

tandis qu’elle respire ; sur ses joues lisses

une ombre se creuse…Ô roses, son mal est le vôtre :

Roses du soleil nouveau, quoique d’hier,

roses qu’elle cueillit une à une (et cependant

elle était un peu lasse, et cependant les eaux avaient sur la même pierre la plainte

d’aujourd’hui), aujourd’hui presque défaites, quoique d’hier !

Elle n’est plus jeune. Elle a donné

ses fleurs tardives dans son premier et dernier amour.

Elle s’est enivrée de volupté et de douleur.

Il y avait dans le secret de son âme un cri

contenu : « Trop tard ! Trop tard ! ».

Elle n’est plus jeune. Les cheveux

sont presque blancs sur sa tempe ; ils sont

un peu rares sur son front. L’abandon

(elle est couchée, immobile), l’abandon

fait que ses mains semblent mortes, presque.

Le geste même ne fait jamais descendre

de sang à l’extrémité de ses doigts.

Puisse le rêve l’entraîner loin de la vie !

Et, du moins en rêve, puisse-t-elle, rajeunie,

voir l’Aimé qu’elle ne verra jamais plus !

La fenêtre est entr’ouverte, sur le jardin.

Une heure passe, lente, somnolente.

On n’entend rien, dans la lumière éteinte,

sinon cette voix qui là-bas se lamente,

qui se lamente au fond de ce jardin.

GABRIELE D’ANNUNZIO

Les Poema Paradisiaco (Poèmes Paradisiaques), publiés en 1893 constituent déjà le sixième recueil de poésies publié par d’Annunzio, alors qu’il n’a que trente ans. Influencé par le symbolisme, il livre ici une œuvre marquée par la sensibilité, les regrets et l’introspection. Ce recueil marque un tournant dans la poésie italienne de cette fin de siècle et influencera toute une génération de jeunes poètes.

Les manuscrits poétiques de d’Annunzio sont particulièrement rares.

VENDU.